Bhavna Paliwal, la première détective privée d'Inde

Source : https://www.lejdd.fr/International/Asie/bhavna-paliwal-la-premiere-detective-privee-dinde-3954451

 

Karen Lajon, grand reporter au service Etranger du Journal du Dimanche, revient sur le parcours extraordinaire ou peu ordinaire de femmes dans le monde. Cette semaine, elle s'est rendue à New Delhi en Inde à la recherche de la Miss Marple made in India.

Elle l'a trouvé coincée dans un petit bureau d'un quartier populaire de la capitale indienne. La première "privée" dans un monde en général réservé aux hommes.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Bhavna Paliwal est incapable de citer un livre ou un film en rapport avec le crime! Et pour cause, elle a tout vu, tout lu. 

Delhi Crime ou encore Article 15 diffusés sur Netflix figurent évidemment dans le top 10 de ses coups de coeur personnels.

Tout vécu aussi. Ou presque.

Parce que s'il y a bien une chose qui ne surprend pas cette quadragénaire fort sympathique et qui rigole à peu près de tout, c'est la comédie humaine.

Ses feux de l'amour portent la marque du mensonge, de la trahison ou du vol et pas toujours dans les décors pastels Bollywood.

Depuis qu'elle a embrassé ce métier si particulier de détective privé alors qu'elle n'avait même pas encore 25 ans, la dame en pantalon a révisé sa vision du monde. Hormis le meurtre, elle vit au gré des divorces, des disparitions, de l'adultère et des passions contrariées.

Et il ne faut pas grand chose pour la pousser à raconter. Elle ADORE les anecdotes, elle en a plein sa besace. Et en fonction des années, la patronne de Tejas Detective Agency magnifie encore davantage les versions... Après tout, n'a-t-elle pas commencé par être journaliste?

Apprendre à mentir

Prenez sa première aventure, celle qui lui a mis le pied à l'étrier à la fin des années 90. Une histoire de divorce.

Son boss avec lequel elle finira par monter une agence de détectives, lui montre les trucs du métier.

"Nous n'avons pas les mêmes moyens que les policiers, donc il faut être inventif", lui glisse-t-il, un brin filou.

Et comment.

C'est une femme, ça tombe bien.

Facile de se faire passer pour une vendeuse qui essaie de fourguer des produits ménagers.

Elle trompe ainsi la vigilance de la dame (dont le mari veut divorcer) qui appâtée par des produits dont elle sûrement peu besoin, lui ouvre grand la porte de l' appartement.

Elle est aussi très bavarde, se confie volontiers.

Bhavna se réjouit et engrange les informations nécessaires à son enquête.

"J'ai tout de suite eu la preuve que d'être une femme n'allait pas être un problème, bien au contraire."

Surgit le mari qu'elle n'avait pas entendu.

Lui est moins avenant, suspicieux même, et comble d'horreur, c'est un retraité des services de Renseignements indiens.

"J'ai commencé à sérieusement transpirer mais je me suis accrochée à mon histoire de vendeuse tout en filant vers la porte."

Son boss qui l'attend dehors, la voit franchir le seuil de l'immeuble et attraper au vol un bus avant de disparaître.

"J'étais morte de peur."

Lorsqu'elle finit par retrouver ses esprits et tout expliquer au patron, ce dernier éclate de rire en lui disant qu'il faisait passer un test. "J'ai été furieuse mais en même temps j'ai réalisé que j'avais adoré l'adrénaline, cette possibilité de maîtriser une situation volatile, bref, je me suis dit, c'est ça que je veux faire."

Fiction et réalité

Deux femmes sont à l'origine de sa passion qui s'est transformée en destin peu banal.

L'une passe à la télé tous les jours.

C'est l'héroïne d'un feuilleton où pour la première fois une actrice en pantalon kaki interprète une policière.

L'autre est bien réelle, c'est la aussi la première femme inspecteur de la police indienne, Kiran Bedi, qui a depuis pris sa retraite et occupe le poste de gouverneur de Pondichéry.

"J'ai vécu ces moments comme une révélation, cette femme qui construisait sa propre identité.

J'étais subjuguée et je me disais pourquoi cette profession ne serait pas pour moi.

" Oh vraiment! Mais voyons, jeune fille, en venant de la région de l'Uttar Pradesh, de la campagne et d'une famille mono-parentale, après le décès du papa lorsqu'elle a eu six ans, il allait en falloir de la persévérance pour arriver à réaliser ce rêve un peu fou.........